Johann-Heinrich LAMBERT (1728-1778)
Philosophe, mathématicien et physicien, né à Mulhouse
Mulhouse fait partie de la Confédération helvétique depuis le début du XVIe siècle et y reste après les traités de Westphalie en 1648. Proche de Bâle, elle bénéficie de l’influence de cette métropole économique et intellectuelle, imprégnée de culture protestante et, en ce XVIIIe siècle, ouverte aux idées nouvelles issues de la Révolution scientifique du siècle précédent. La famille bâloise des Bernoulli et leur élève Euler participent alors activement à la mise en place du nouveau paradigme scientifique. Trouver une explication mécanique pour l’ensemble des faits observés dans la nature en développant l’analyse mathématique lancée par Newton : tel est à l’époque le projet essentiel des chercheurs qui se rencontrent dans les Académies créées à cet effet dans les capitales européennes.
Autodidacte complet, LAMBERT se fait remarquer à Bâle par Daniel Bernoulli, puis il noue rapidement des relations durables avec les grands savants européens. A partir de 1765, il est membre de l’Académie des sciences de Berlin où il côtoie notamment Euler et Lagrange. En philosophie, sa contribution principale est le Neues Organon (1764) avec lequel, dans l’esprit de la mathesis universelle de Leibniz, il veut préciser les conditions logiques d’une connaissance ayant les mêmes qualités de vérité que les mathématiques. Comme mathématicien, il est célèbre par la démonstration de l’irrationalité des nombres e et π. Dans son ouvrage posthume, Theorie der Parallel-Linien, il pressent l’existence possible de géométries non-euclidiennes. Avec Die freie Perspektive (1759), destinée aux peintres, il contribue au développement de la géométrie descriptive. Et en cartographie, il propose des systèmes de projection dont l’un porte son nom.
En astronomie, LAMBERT s’intéresse aux propriétés des trajectoires des comètes et des planètes, et propose avec ses Kosmologische Briefe (1761) un modèle cosmologique qu’il discute avec Kant. Comme physicien, il retient notre attention par son souci d’étendre la méthode expérimentale et la mathématisation des données de l’observation à des domaines encore peu traités, tels la photométrie, l’hygrométrie et la pyrométrie ; dans sa Photometria (1760), il formalise ainsi la notion d’intensité lumineuse, décrit son photomètre et énonce la loi d’absorption de lumière, la « loi de Lambert ». Et, en réfléchissant à la précision de ses mesures, il développe une théorie des erreurs qui annonce les travaux de Laplace et de Gauss.
Esprit encyclopédique, académicien trilingue publiant en allemand, français et latin, LAMBERT est une figure majeure dans le groupe des grands savants-philosophes qui ont fondé l’Europe des lumières. Quant à sa ville natale, elle participe sans tarder aux débuts de la Révolution industrielle : dès le milieu du XVIIIe siècle, une bourgeoisie entreprenante soutenue par des capitaux suisses introduit la manufacture de toiles et sa mécanisation dans des ateliers de machines textiles.
Réné Voltz, Commisaire de l’exposition Physiciens en Alsace témoins de leurs temps