"Contemporary Ruins/Les ruines contemporaines"

Événement à venir
Journée d'études
9 10 décembre 2021

L’association du paysage et de la ruine est aussi ancienne que l’idée de paysage elle-même. Tantôt source de nostalgie, tantôt source de plaisir esthétique et de créativité, la ruine a longtemps été associée à une idée d’équilibre entre nature et culture (Simmel), ainsi qu’aux cycles de l’histoire. Ses transformations esthétiques au cours des siècles ont reflété les tensions entre la temporalité humaine et celle du monde naturel, tout en proposant des résolutions changeantes à ces dernières. Tandis que la mode du pittoresque permit pendant de nombreuses décennies d’intégrer les vestiges des civilisations disparues dans un cadre naturel harmonieux, en en faisant un motif visuel agréable bien que teinté de nostalgie, et que les romantiques virent dans le motif du fragment un moyen d’articuler forces destructrices et forces créatrices, le potentiel esthétique de la ruine et la fascination qu’elle continue d’exercer deviennent aujourd’hui davantage problématiques. Cela est d’autant plus le cas que le motif de la destruction ne s’inscrit plus uniquement dans les constructions humaines, mais dans les milieux naturels eux-mêmes, ruinés par l’action industrielle, incapables de proposer une image de permanence en contrepoint à l’histoire de l’humanité ou de nous promettre une reconquête végétale comme c’était le cas dans la ruine pittoresque. Devant la difficulté d’un jeu esthétique avec ces vestiges du monde naturel, de nouvelles modalités de représentation voient le jour. Tandis que certains artistes font le choix de confronter le spectateur à un monde défiguré, irrémédiablement blessé ou insidieusement pollué (on pense aux britanniques Keith Arnatt, Tacita Dean, Jane et Louise Wilson, à la canadienne Isabelle Hayeur, aux allemands Jordi Antonia Schlösser et Thomas Struth, et à l’autrichienne Lois Hechenblaikner), d’autres s’interrogent sur la possibilité d’un regard esthétisant sur les mutations paysagères de l’ère industrielle (les travaux du britannique Darren Almond, ou des photographes américains Robert Adams, Lewis Baltz, ou encore Richard Misrach, s’intéressent ainsi aux inscriptions de l’activité industrielle, minière et pétrolière).

Nos deux journées d’études ont pour objectif d’examiner la signification de la ruine dans la création artistique contemporaine, tout en s’interrogeant sur la façon dont la pensée du paysage peut évoluer pour intégrer la figure de la destruction environnementale.  L’artiste peut-il/elle comme par le passé se saisir des ruines du monde pour s’y ressourcer, pour y trouver les fragments de nouvelles compositions, ou doit-il/elle inévitablement nous rappeler à la réalité en nous confrontant à une nature meurtrie, envahie par les signes d’une présence humaine destructrice ? Comment la pensée esthétique du paysage peut-elle articuler ou être associée à une réflexion plus éthique sur la responsabilité de l’humanité dans la crise environnementale actuelle ? Telles seront les questions évoquées lors de ces journées d’études.

Les réflexions pourront porter sur les ruines industrielles et minières, les milieux naturels dégradés, le Land Art, ou encore l’art in situ et son utilisation d’espaces en friche ou en réhabilitation, conçus en tant que pratiques ou vus au travers de supports artistiques comme la photographie, la vidéo ou la peinture. Elles pourront également s’intéresser à la pensée du paysage, dans sa dimension esthétique, mais aussi géographique ou politique.

Manifestation organisée avec le soutien de la MISHA, l'UR SEARCH, l'UR Mondes germaniques et nord-européens, le CHER,  la HEAR et l'IUF.

Invités d'honneur confirmés : Isabelle Hayeur (photographe, Canada) et Miles Orvell (américaniste et historien de la photographie, Temple  University, Philadelphie)

Comité d'organisation : Emmanuel Béhague, Gwen Cressman, Hélène Ibata, Monica Manolescu