Politiques d'accueil et expériences d'exil – Perspectives franco-allemandes

Événement à venir
Colloque

Colloque Junior

16 17 septembre 2021
Maison interuniversitaire des sciences de l'homme – Alsace (MISHA)

Dans le débat public et politique français sur l’accueil des demandeurs d’asile, l’Allemagne fait figure de modèle à suivre pour la France, en particulier depuis la « crise de l’accueil » de 2015. On remarque aussi que les dernières réformes en la matière s’inspirent directement du « système allemand », par exemple en renforçant la possibilité de répartir les demandeurs d’asile de manière directive à travers le territoire. Cependant, cet intérêt pour les politiques d’accueil du pays voisin n’est pas symétrique : malgré le fait que le débat public allemand fasse une large place à une présumée nécessité d’uniformiser ces politiques au niveau européen, la France est évoquée quasi exclusivement à partir d’images marquantes que sont les camps de réfugiés à Paris ou Calais, sans que le système d’accueil fasse quant à lui l’objet de discussions.

Sur le plan scientifique, la comparaison franco-allemande sur le lien de ces deux Etats à l’immigration a une longue tradition en sciences sociales et humaines. En témoignent les grands débats sur les spécificités des citoyennetés allemandes et françaises, ou encore des discussions ayant trait à « l’intégration », entendue comme des modèles nationaux à comparer. Pour autant, et malgré cette tradition, des travaux comparatifs sur les politiques d’accueil et la situation des demandeurs d’asile en France et en Allemagne restent encore très rares. Les recherches sur les politiques d’accueil se concentrent souvent sur un seul pays. Il en va de même pour les recherches qui étudient l’expérience quotidienne des demandeurs d’asile et des acteurs bénévoles et professionnels qui les entourent : qu’elles insistent, à titre d’exemple, sur le quotidien des demandeurs d’asile et des réfugiés en Allemagne dans un contexte de politiques nationales restrictives ; sur la « désintégration organisée » produite par le système d’accueil allemand ; ou sur l’attente des demandeurs d’asile en France, elles n’ouvrent pas de perspectives comparatives.

Cette quasi-absence de travaux comparatifs – la thèse de Johanna Probst (2012) sur les manières d’instruire l’asile des deux côtés de la frontière fait figure d’exception dans ce domaine – est d’autant plus surprenante que les politiques d’accueil françaises et allemandes portent jusqu’à aujourd’hui les traces d’une constitution historique assez antagoniste, qui façonne de manière évidente les expériences des différents acteurs. Le système allemand de répartition des demandeurs d’asile, très restrictif par rapport à la France, et un lien plus fort entre asile et intégration – le BAMF s’occupant des deux aspects – sont deux exemples paradigmatiques de l’influence de cette histoire dans le quotidien de ce que l’on pourrait appeler la « sphère de l’asile ».

Ce colloque souhaite donc contribuer à construire la comparaison franco-allemande en partant du constat de ces différences prégnantes entre les deux systèmes nationaux d’accueil. Les questions qui réuniront les différentes communications sont les suivantes : Comment peut-on saisir ces différences franco-allemandes dans le contexte des tentatives pour une européanisation croissante des politiques d’asile et migratoires ? Et de quelle manière la perception de la migration de 2015 en tant que « crise » a-t-elle eu un impact sur les convergences et divergences des politiques menées par les Etats nations ? Comment ces politiques d’accueil sont-elles mises en place en France et en Allemagne, à travers les différentes échelles administratives et en tenant compte des différents acteurs impliqués ? Comment ces différents contextes nationaux façonnent-ils les expériences des acteurs de l’accueil ainsi que des migrants eux-mêmes ?

Comparer permet ainsi de déconstruire les contextes nationaux dans lesquels les recherches sur l’asile et l’accueil s’inscrivent souvent automatiquement. En comparant un système d’accueil à l’autre, par leur mise en relation à travers le chercheur, le regard sur les deux systèmes évolue. Ce n’est pas seulement de nouvelles connaissances sur les deux systèmes nationaux qui peuvent ainsi émerger. Mais, en confrontant ce qui paraissait figé à un autre contexte, en le regardant ainsi sous une autre lumière, des nouvelles dimensions d’analyses concernant plus généralement les structures, dynamiques et pratiques dans la sphère de l’asile peuvent apparaître.

Inscription par mail à l’adresse suivante : a.bartel[at]unistra.fr

 

 

 

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