Les morts-vivants pour s’interroger sur ce qui reste de la littérature aujourd’hui

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Baudelaire en zombie qui arpente les rues de Paris, le crâne du marquis de Sade voyageant sous forme de relique… Dans son ouvrage Les Morts-vivants. Comment les auteurs du passé habitent la littérature présente, Ninon Chavoz, chercheuse au sein de l'équipe d'accueil Configurations littéraires, s’intéresse aux écrivains français et francophones des 20e et 21e siècles qui ressuscitent de grandes figures littéraires de notre passé.

En voyant l’importance du personnage du mort-vivant dans la culture populaire et notamment au cinéma, Ninon Chavoz, spécialiste de littérature francophone, décide de s’y intéresser à travers les livres. « J’ai alors remarqué que le mort-vivant y est bien différent de celui qu’on trouve présenté dans le 7e art », précise la chercheuse qui étudie cette figure chez une vingtaine d’auteurs contemporains français et francophones qui, tous, ressuscitent des écrivains décédés.

Ces morts-vivants sont essentiellement des poètes français de la modernité, qui ont écrit à partir du 18e siècle et de la Révolution française. Les plus souvent ressuscités étant Baudelaire, Rimbaud et Apollinaire. Ces auteurs du passé apparaissent sous forme de spectres, de fantômes, de reliques ou encore de zombies et se confrontent à notre monde contemporain.

Dans le Revenant, par exemple, Éric Chauvier fait revenir Baudelaire dans les rues de Paris sous la forme d’un zombie repoussant. « Au fil de l’œuvre, il renoue avec son passé poétique pour finir par réciter quelques vers. » Avec un jeu sur l’esthétique de l’auteur. « Baudelaire écrivait sur la décomposition des corps, il avait également un fort lien avec Haïti dont serait originaire sa maîtresse Jeanne Duval et où la figure du zombie est omniprésente. »

Des résurrections peu glorieuses

Autre auteur ressuscité : le marquis de Sade. « C’est le plus ancien que j’ai trouvé. Il apparait dans le récit de Jacques Chessex, Le Dernier Crâne de M. de Sade, sous forme de relique. » Un crâne doté d’une sorte de pouvoir magique, dont l’auteur imagine les voyages.

Ce qui est nouveau selon la chercheuse, c’est la forme que prennent ces résurrections qui ne sont pas forcément nobles ou glorieuses pour les auteurs. « Ils n’apparaissent pas comme une entité supérieure qui vient délivrer un message ou hanter les écrivains. Les auteurs leurs donnent une deuxième vie avec une dimension vraiment fictive. » Une résurrection qui permet de revenir sur leur œuvre et de réfléchir à ce qu’ils peuvent nous apporter.

Une façon aussi de s’interroger sur ce qui reste de la littérature aujourd’hui : « Est-ce que les classiques ne sont pas devenus des morts-vivants dont on n’arrive plus qu’à se remémorer quelques bribes ? », interroge Ninon Chavoz qui souligne que le mort-vivant pose également, de façon parfois angoissante, la question de notre rapport au patrimoine.

Marion Riegert