"Le théâtre comme refuge ? Une utopie hospitalière"
Parmi les dizaines de décrets présidentiels brandis, Donald Trump, on l’a vu, s’est attaqué dès son investiture aux villes sanctuaires qui, comme Chicago, New York, Los Angeles ou San Francisco, « interdisent d’utiliser des ressources municipales […] pour appliquer les lois anti-immigration ». Dans les villes qui ont déjà cédé à la pression fédérale, ni les écoles, ni les églises ne pourront plus offrir l’asile, les forces de l’ordre ayant autorité pour y traquer « les criminels » : ces « lieux de soin, de guérison et de réconfort » sont transformés « en lieux de peur et d’incertitude pour ceux qui sont dans le besoin ». Désormais, aux États-Unis, nul refuge.
Cela doit-il étonner ? L’anthropologue Anna Tsing nous avait, en effet, prévenus : si l’Holocène fut « la longue période où les refuges environnementaux […] proliféraient, afin de soutenir le renouvellement du monde dans sa riche diversité culturelle et biologique », l’Anthropocène, lui, se caractérise par « la destruction des lieux et des temps de refuge pour les peuples humains et autres créatures ». Notre ère est celle de « réfugiés sans refuge ». Le constat est glaçant mais, étudiant la destruction de la « Jungle de Calais », anthropologues et sociologues invitent à ne pas renoncer. Il faut, disent-ils, réélaborer l’idée même de refuge afin que de manière inclusive chacun, chacune puisse, selon son histoire, y trouver sa place, y échapper à toute assignation – quitte, pour cela, à se dégager de l’universalisme que véhicule le concept d’altérité. « Hétérotopique » selon la typologie de Foucault, le théâtre pourrait-il être l’un de ces lieux où réinventer le refuge ?
A travers l’Histoire, le théâtre s’est revendiqué comme un asile pour les ivrognes, les fous, les sots, les mal-pensants, les mal-faisants ; cette utopie hospitalière ne s’est pas tarie. Les formes documentaires ont pu, ces dernières années, donner la parole, voire mettre en scène des réfugiés économiques, écologiques, politiques ainsi que cela se jouait littéralement dans Empire (2016), production de Milo Rau qui se jouait en arabe, grec, kurde et roumain, faisant entendre la langue de celles et ceux qui sont sur les routes. Au-delà, il faut se souvenir qu’à Tôkyô, le Petit théâtre de Tsukiji (1924-1940) a abrité les acteurs et dramaturges les plus novateurs, dans une période où la répression allait croissante, et, sortant de sa fonction initiale, accueillit les funérailles du romancier prolétarien Kobayashi Takiji mort sous la torture policière (1933). Plus proche de nous, on a pu voir, à Strasbourg même, les salles de spectacle s’organiser en catastrophe pour accueillir, à l’été 2021, des artistes afghans contraints à l’exil par le retour au pouvoir des Talibans. Le théâtre offre toujours refuge – comment peut-il encore tenir cette position à l’heure de sa disparition ?
Ce colloque international, porté par les Universités de Strasbourg (France) et Waseda (Japon), a pour ambition d’étudier cette utopie hospitalière du théâtre dans les traditions occidentale et orientale selon divers axes : historique ; dramaturgique/littéraire ; scénographique ; et politique.
Organisation : Sylvain DIAZ, Evelyne LESIGNE-AUDOLY
Soutiens :
UR 3402 ACCRA
UR 1340 GEO (Université de Strasbourg)
Service universitaire d'action culturelle (Université de Strasbourg)
Théâtre national de Strasbourg
Entrée libre
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