Nommer, écrire et appliquer la norme à la cour (Moyen Âge-époque moderne)

12 February 2026
9h
Salle 127 - Palais universitaire

Quel monde plus réglé que la cour ? Tout y serait hiérarchisé, ritualisé et normé pour constituer le miroir terrestre d’un ordre céleste immuable si l’on en croit les manuels de cérémonial de l’époque moderne. Trois décennies de recherches sur les cours princières ont largement ébranlé ce magnifique édifice. Il est désormais acquis que les propositions sociologiques de Norbert Elias n’apportent pas toutes les réponses et que, s’il y a processus de civilisation, les interactions sociales s’appuient davantage sur un compromis social que sur une disciplinarisation unilatérale et verticale de la société de cour. Au-delà, les configurations curiales sont également diverses, et fluctuantes. Pourtant, les enjeux de régulation sont nombreux : administrer des effectifs sans cesse plus pléthoriques, canaliser une violence sociale inhérente à la cour, exalter une majesté princière par une ritualisation constamment plus méticuleuse, soutenir la concurrence avec les autres cours. 

Or, que savons-nous des processus d’élaboration de la norme au sein des cours européennes ? Des historiens se sont attelés à saisir les dynamiques de normalisation de certains champs curiaux, par exemple les interactions sociales (N. Le Roux), la communication (M. Hengerer), les hiérarchisations sociales (F. Cosandey) ou l’organisation des maisons (A. Lemonde, F. de Paula Cañas Gálvez, J. Duindam). En revanche, les processus liés à l’écriture même de la norme demeurent peu connus, alors même que les éditions de corpus, exhaustifs ou partiels, ont été nombreuses pour certaines de ces cours. Certaines études ont également souligné le paradoxe apparent d’une littérature théorique qui multiplie les études de cas et les exemples pour traiter de l’organisation des cours et de leurs pratiques, sans pour autant se risquer à monter en généralité pour asséner des normes susceptibles de mettre à mal une autorité princière à la source de toute règle. 

C’est le dossier dont souhaiterait se saisir cet atelier consacré aux pratiques administratives et surtout scripturaires, liées à la création et la mise en circulation de la norme entre le Moyen Age et l’époque moderne : il s’agit d’identifier les contours intellectuels de la norme, de sa mise par écrit et des modalités d’application dans un espace social théoriquement ultra-normé. Le principe d’une démarche diachronique doit permettre d’observer ces enjeux sur la lente construction de l’institution curiale et de déconstruire les généalogies des traditions et des modèles qui ont pu occulter l’élaboration pragmatique des règlements qui mettent en ordre la cour. 

On articulera l’observation de règlements sous des angles variés - diplomatique, archivistique, histoire du droit - (matin) et des études de cas permettant de mettre en lumière la manière dont les enjeux pragmatiques de leur application éclairent leur mise en forme, dans des contextes volontairement différents, marqués par la stabilité ou des configurations de transition dynastique ou de construction d’institutions curiales (après-midi). L’objectif est de mieux saisir les contours d’un objet central dans l’élaboration des cours princières et pourtant encore méconnu. 

Programme

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