Casinos, jeux et paris en ligne, nouvel espace de blanchiment et corruption

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Le Collège européen des investigations financières et de l’analyse financière criminelle (Ceifac) de Strasbourg a décidé de s’attaquer à un champ de recherche peu étudié : celui des jeux et autres paris en ligne comme nouvel espace de blanchiment et de corruption. Une nouvelle thématique investie via un colloque qui a eu lieu début juin. Le tout, en collaboration avec l’Université de Bordeaux.

 « C’est une thématique d’actualité, en octobre 2020 une affaire de matchs truqués sur les doubles de Roland Garros est mise au jour par la police judiciaire belge. Une joueuse russe est interpellée début juin 2021 à Paris. C’est la première fois qu’il y a des soupçons sur un match aussi important », raconte Chantal Cutajar, directrice générale du Ceifac et enseignante-chercheuse à l’Université de Strasbourg qui souligne que le colloque soulève deux problématiques actuelles à l’échelle internationales : la manipulation des paris relatifs aux rencontres sportives et le détournement des jeux en ligne.

Le blanchiment d’argent étant le risque principal avec le dépôt et l’utilisation par un joueur d’argent provenant d’un crime. « Un risque aggravé dans le secteur du jeu et du hasard en raison de l’utilisation de moyens de paiement dématérialisés comme des cartes prépayées », souligne la chercheuse. Un blanchiment qui peut être associé à d’autres activités illégales, comme les manipulations sportives.

Trois tables rondes

Autre risque : celui de la fraude qui peut revêtir plusieurs formes, la principale étant la corruption. « Mais il existe aussi la fraude au moyen d’un robot informatique ou la fraude au jeu par entente ou collusion. Lors des compétitions sportives ou hippiques en lien avec des paris, des manœuvres peuvent avoir pour objet ou effet de modifier les résultats ou le déroulement d’une compétition. » Ces dernières permettent de récolter des fonds à des fins criminelles ou de faciliter les flux financiers.

Toutes ces problématiques ont été abordées en trois temps à travers trois tables rondes. Une première pour dresser un état des lieux typologique des comportements frauduleux. Avec un intérêt pour les dispositifs de prévention présentés par Christine Casteels, membre du groupe « Sport and Fraud », de la police judiciaire fédérale de Belgique. Sans oublier le point de vue des régulateurs comme celui de Corentin Ségalen, coordinateur à l’Autorité nationale des jeux, chargé de mettre en œuvre les dispositifs existants.

Les casinos en ligne et leur paradoxe

La seconde table ronde porte sur la question du renseignement : « Comment peut-il aider à lutter contre les manipulations, les fraudes… ? Ce sont eux qui reçoivent les déclarations de soupçons des banques ou des assurances. » Et ce à travers le croisement des expériences de Philippe De Koster, chef de la cellule de traitement des informations de Belgique, d’un personnel du renseignement français et de Philippe Lemaire, directeur de la sécurité à la Française des jeux.

Enfin, une troisième table ronde s’intéresse aux casinos en ligne et à leur paradoxe. « Ils sont interdits en France mais malgré cela des joueurs français peuvent les utiliser. Il y a même des annonces sponsorisées sur les moteurs de recherche du type « site français autorisé – casinos fiables et légaux. » » L’occasion de présenter les mesures permettant de lutter contre ces casinos, « ne vaut-il pas mieux les réguler que les interdire ? »

A partir de ce premier état des lieux, le Ceifac souhaite dégager des pistes de réflexion en vue de la rédaction d’un livre blanc d’ici un an proposant des recommandations à l’échelle nationale et européenne.

Marion Riegert

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