Figure(s) du laïc en Afrique latine chrétienne, IIe-VIe siècles

Journée d'études organisée par Corentin GILBERT

22 June 2026
Salle de la table ronde - MISHA

L'histoire du christianisme accorde une importance primordiale à la figure cléricale, qui structure la société chrétienne, dispense les sacrements, enseigne et définit le dogme. Même une histoire visant à remettre en question le caractère hiératique de l'institution place plus l'accent sur l'existence de fonctions para-cléricales, telles le diaconat, masculin comme féminin, que sur la participation des laïcs à la vie des Églises. La définition tacite de l'Église, du moins en tant qu'institution concrète, comme une société de clercs, occulte ainsi partiellement le rôle, voire l'existence, des laïcs en son sein, marginalisant ainsi aux yeux de l'historien l'immense masse de ceux qui ne sont pas clercs. L'objectif de cette journée est donc de soulever humblement plusieurs interrogations quant au concept et à l'existence du laïcat dans les premiers siècles du christianisme, dans la continuité des travaux d'Alexandre Faivre, professeur émérite d'histoire du christianisme et de patrologie à la Faculté de Théologie catholique.
Durant cette journée d'études, on considérera, à travers les travaux de Tertullien, d'Augustin, de Ferrand de Carthage et de Corippe, la manière dont apparaît le terme « laïc », en premier lieu, puis comment apparaît ce dernier en tant que figure construite en opposition à celle du clerc : il s'agira ainsi de voir comment la figure du laïc se définit en opposition à un idéal clérical ou monastique, par la participation à la vie mondaine et le refus d'une certaine radicalité, mais aussi dans une logique d'émulation vis-à-vis de l'idéal clérical, par la recherche d'un idéal de vie laïc. On considérera aussi comment, au sein et hors des controverses doctrinales qui l'agitent, le clergé s'intéresse au laïcat et l'intègre à la communauté ecclésiale en en faisant le destinataire d'un enseignement spécifique.
L'inscription de cette étude dans le cadre africain prend tout son sens, l'Afrique latine chrétienne se signalant à la fois par l'ancienneté de sa chrétienté, illustrée par la figure incontournable de Tertullien, et par sa vitalité, dont témoignent ses vicissitudes particulières, du schisme montaniste à la controverse des Trois-Chapitres, en passant par l'inévitable schisme donatiste et la division du Ve siècle entre Église vandale arienne et Église nicéenne. L'Afrique se signale ainsi comme un microcosme privilégié pour essayer de dégager plus précisément la manière dont les laïcs interviennent dans la vie religieuse, mais aussi dans quelle mesure leur adhésion représente, aux yeux des clercs, un enjeu déterminant, même et y compris quand ils sont considérés comme une majorité paradoxalement à la marge de l’Église.

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