"Espaces partagés et espaces en partage dans les religions en Asie Orientale et dans les mondes méditerranéens"

9 10 juin 2026
amU - Campus Schuman

Argumentaire et objet :

Après la Journée d’études "Regards croisés sur les espaces partagés de la dévotion : Asie orientale et mondes méditerranéens", qui s’était tenue en juin 2024 sur le campus Schuman, l’axe Religions de l’IrAsia et le laboratoire IDEAS souhaitent poursuivre le dialogue plus avant en invitant des chercheurs qui travaillent autour des questions d’espaces religieux partagés.


Pour ce colloque des 09 et 10 juin 2026, une attention toute particulière sera accordée aux processus de spatialisation des phénomènes religieux. Les tenants de la géographie sociale n’ont en effet de cesse de rappeler que l’espace comme les territoires ne sont jamais des acquis mais le fruit de processus longs, soumis à différentes logiques et temporalités. Dans la construction du ‘nous’ et du ‘eux’, propre aux sociétés humaines, le rapport à l’altérité se mesure dans les interstices où un groupe accepte de suspendre l’usage exclusif d’un lieu supposé détenir, sous une forme sacrée, une partie ou totalité de sa propre identité. En retenant la notion d’espace en partage plutôt que d’espace partagé, nous souhaitons mettre l’accent sur les stratégies et les aménagements élaborés par différentes communautés pour partager (ou départager) l’espace religieux dans ses dimensions spatiales et temporelles. Ces espaces — lieux de culte, lieux rituels, lieux saints, espaces de circulations religieuses — qui sont le cadre de pratiques et l’objet de discours (les deux souvent), expriment différentes attitudes vis-à-vis du mélange allant de la distinction stricte (cohabitation, co-présence, voisinage) à l’hybridation voire l’intrication systémique (configuration syncrétique avec ou sans distinctions fonctionnelles ou rituelles). 

Pour dépasser l’approche confessionnelle et embrasser ces phénomènes dans toute leur richesse et leur complexité, une attention soutenue a souvent été accordée aux pratiques rituelles et/ou dévotionnelles qui rendent visibles les stratégies locales, discrètes voire occultées, qui entrent en jeu dans la régulation de la diversité religieuse, et permettent d’en appréhender la dimension horizontale. Cette approche par le rite permet ainsi de ne pas enfermer la réflexion dans une lecture exclusivement politique et sociale qui, en faisant trop porter l’attention sur les phénomènes de compétition et de domination, passerait sous silence ces usages locaux parfois issus d’usages anciens ou nouvellement élaborés. 
En revanche, considérer que le rite n’est pas pénétré de politique reviendrait à nier une part importante de sa réalité historique et sociale. La notion d’espace en partage est donc aussi une invitation à évaluer la nature de l’action politique comme instance de décision et de régulation. 

Cette dimension verticale de la régulation peut certainement varier dans son intensité selon les époques, la nature des régimes politiques et la diversité des systèmes religieux impliqués, mais comme le politique instaure des hiérarchies sociales, il convient d’en analyser la portée dans les processus de spatialisation du religieux. 

Pour cette nouvelle étape de juin 2026, c’est donc plus spécialement l’analyse des différents niveaux de régulation de la pluralité religieuse qui constituera la problématique d’ensemble. Qu’ils soient concentrés dans une institution surplombante détentrice d’une autorité religieuse ou politique ou au contraire distribués dans différentes « strates » depuis le niveau local ou différents « cercles » alentours, les mécanismes mobilisés dans la régulation sont rarement monotones. L’analyse de cette complexité amène à ne pas considérer les espaces rituels et cultuels partagés de façon statique, comme une donnée de l’histoire sociale, mais comme un processus complexe qui se déploie dans le temps (dimension historique) et dans l’espace (espace social, politique, religieux, économique) questionnant ce qui permet à des groupes sociaux ou des individus de « tenir ensemble ». Cela suppose encore d’écarter une lecture irénique de ces phénomènes pour y intégrer les tensions, les ruptures, les clivages voire les affrontements que suscitent des lieux dont la charge symbolique et identitaire peut être importante. 

Ce colloque s’inscrit dans le cadre de l’activité de l’axe Religions en Asie de l’IrAsia et des travaux du laboratoire IDEAS, l’un et l’autre rattachés au workpakage : Situer le religieux de l’AMI Religis (« Programmes de recherche en sciences humaines et sociales ») de France 2030, porté par l’Université de Strasbourg.

 

 


 

Organisateurs : 
Dionigi ALBERA, directeur de recherches IDEAS – CNRS et Arnaud BROTONS, professeur au Département des Etudes Asiatiques - IrAsia
 

Laboratoires : 
IrAsia (Institut de recherches asiatiques UMR 7306), 
IDEAS (Institut d’Ethnologie et d’Anthropologie Sociale, UMR 730)
En collaboration avec le CRCAO (Centre de Recherche sur les Civilisations de l’Asieorientale, EPHE – PSL, UMR 8155), l'IFRAE (Institut Français de Recherche sur l’Asie de l’Est, UMR 8043). 
Avec le soutien du programme ReligiS, du GIS Asie et de la MMSH.